samedi 19 décembre 2015

Notre cri pour ces malades égorgés

Mes doigts tremblent sur mon clavier, alors que j’essaie de vous partager le cri de souffrance de ces humains, nos frères et sœurs à l’Est de la République dite Démocratique…  En plus, je me demandais en moi-même : « à quoi ça sert de vous écrire sur le massacre qui se passe à des milliers de km de l’endroit où nous nous trouvons ? » Il serait bon, j’en conviens, ne fut-ce quelques fois, de vous parler des merveilles paradisiaques du Congo. Il y en a sans doute. Mais il me semble que ce n’est pas le meilleur moment. Ces merveilles n’ont plus de sens lorsqu’on assiste impuissamment et presque chaque jour à l’égorgement de ses frères et sœurs. Voilà ce qui motive le choix de mes écrits…
Tout découragé, justement à cause de l’ampleur de ces massacres, assis devant l’écran de mon ordinateur défilant des images macabres, je me suis demandé par où commencer…  ou ça vaut la peine de vous écrire. À ce même moment, je reçois le courriel d’une lectrice qui avait pris connaissance de notre dernier écrit. À la fin de son texte, elle écrit : « si vous, vous ne le faites pas qui va le faire ! » C’est étonnant : tout au long de son courriel, la dame me tutoyais et voilà subitement un « vous ». Elle aurait pu dire : « si toi Gaston, tu ne le fais pas… ». Il me semble que l’appel de cette dame convoque chacun individuellement à poser un petit geste. Et dans le cas du Congo, l’urgence semble être celui de briser le silence en partageant l’information. Il y en a plusieurs… Et pour cette fin de la semaine, j’ai choisi de vous partager l’inimaginable acte que l’humain peut poser à son semblable.
Le dimanche 29 novembre 2015, dans la localité d’Eringeti en territoire de Beni, à l’Est de la République Démocratique du Congo, tel que le rapporte la Commission Justice et Paix du diocèse de Butembo-Beni, marque le début de la banalité de la vie à son plus haut degré. Oui, les populations dans les zones du Kivu sont déjà habituées aux viols, aux enlèvements aux massacres mêmes des enfants, aux pillages causés par des groupes rebelles non-contrôlés. Ces choses ne les étonnent plus. Elles font partie du quotidien. Cependant, ils n’avaient jamais imaginé qu’un jour viendra où les malades alités à l’hôpital seront égorgés. Oui, égorger les malades. Voilà la réalité. Elle est dure à entendre, mais c’est la réalité.  
Je pensais que l’hôpital était le lieu qui nous redonnerait l’espoir de vivre encore. Ce n’est plus le cas. Il est devenu l’abattoir qui voit couler brutalement le sang de ma mère, de mon père, de ma sœur ou de mon frère. Oserions-nous afficher dans nos réseaux sociaux « Je suis Eringeti », « Je suis Beni », « Je suis Oïcha », « Je suis Kivu », ou « Je suis Congo » ?
Il me semble qu’il n’est jamais trop tard d’agir au-delà des bons discours. Il n’est  jamais trop tard de faire apprécier la vie à ces jeunes qui sont nés dans la guerre. Il n’est jamais trop tard d’ouvrir notre oreille afin d’entendre les cris de malades qui craignent le pire… Il n’est jamais trop…
Frère Gaston Mumbere, a.a.


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