mercredi 26 octobre 2016

La Justice est le socle de toute Paix



« En même temps, je me souviens des pieds de Matilda.
Elle marche tous les jours pieds nus. Fréquemment, elle doit se réveiller en pleine nuit avec ses voisins pour fuir les tueurs. Naguère si lisses, ses pieds ont maintenant la peau dure, avec des gerçures profondes. Je les avais vus, c’est incroyable. Ses bras ne sont plus tendres, brûlés par les larmes, ses yeux sont devenus rouges. Elle pleure sans consolation ses morts sont innombrables. Le village est ainsi devenu la proie de tous les prédateurs. L’humain ne vaut plus rien. La mort vaut mieux que la vie. Qui choisirait de naître dans ce coin qui fissure les pieds de ses habitants ? La vie humaine y serait-elle étrangère ? Tous les jours les humains pleurent, marchent pieds nus sous la pluie, mangent difficilement et n’arrivent plus à enterrer leurs morts. Tu me trouves peut-être pessimiste… » (Cfr. Gaston Mumbere, La cloche ne sonnera plus à l'Église de Butembo-Beni, éd. Saint Joseph, Québec, p. 61.)

lundi 10 octobre 2016

Un nouveau carnage à Beni : on n’a pas à s’autoriser le désespoir



Hein ! Tu n’annonces que des mauvaises nouvelles… En tant que prêtre, tu devrais proclamer l’Évangile ; fais attention ! De tels mots, j’en reçois quotidiennement. L’Évangile, c’est l’heureuse annonce. Mais cet évangile est étouffé toutes les fois où l’on garde un silence notoire pendant que les droits élémentaires des humains sont bafoués. Le droit à vie ! Il est de plus en plus englouti à l’Est de la République Démocratique du Congo, pays assiégé par quelques individus du Congo en complicité avec les autorités politiques rwandaises et ougandaises.

Encore hier le 9 octobre, 9 personnes furent tuées à Boikene, en ville de Beni. Comment devrais-je me taire et annoncer l’Évangile devant des telles situations ? L’heureuse annonce ne consisterait-elle pas à unir nos forces, chacun selon ses possibilités, et envisager une justice pour ces peuples dont la souffrance vient de franchir les limites de l’acceptable. Ces victimes de la guerre dont on connait les tenants et aboutissants, sont majoritairement des femmes et des enfants.

Et ce sont des hommes qui nous demandent de nous taire et de faire attention. Faire attention, oui ! Ces hommes marchent sur des avenues asphaltées et sans poussières. Le confort est irréprochable : Ils ont de l’eau chaude le matin, leurs enfants ont des cartes d’assurance maladie ou l’équivalent, et accèdent facilement à l’éducation scolaire. Néanmoins, que ce paragraphe ne vous heurte pas ! Je suis une personne humaine qui n’accepte plus la négation de l’autre. Je suis bousculé.

Il ne s’agit pas de chercher des boucs émissaires, ni des coupables, ni de les identifier à un peuple ou à un monde dit développé. Ces quelques écrits plaident tout simplement pour la justice  dans quelques lieux où se trouvent les auteurs des massacres. La justice demeure ce feu ardent qui maintient encore notre espérance. Espérer à un Congo où nos enfants prendront un petit déjeuner avant d’aller à l’école tout joyeux. Espérer à un Congo où nos enfants se laveront avec de l’eau chaude le matin avant d’aller l’école en paix. Ainsi l’Évangile sera annoncé…    

Fr. Gaston Mumbere, a.a.

samedi 8 octobre 2016

Une semaine pour le Congo (15 au 22 octobre 2016)


Thème : 8 millions de morts au Congo : Brisons le silence à Québec 
 

C'est troublant ce qui se passe au Congo. Depuis 1996, une guerre aux multiples facettes a fait plus de 8 millions de morts. Le Mouvement Paix Au Congo, l’AECIUL, la Communauté congolaise de Québec, Vous proposent des activités pour sortir le Congo du silence...
 

  • Samedi 15 octobre : Pièce  de théâtre  - Brisons le silence.  Au  Pavillon Desjardins (Salle Hydro-Québec à 19h. 10$
  • Lundi 17 octobre : Journée avec téléphone S'il vous plait utiliser votre cellulaire pour sensibiliser
  • Mardi 18 octobre : Film « L’homme qui répare les femmes » - Au 1630 pavillon Casault de l’Université Laval à 19h00
  • Jeudi 20 octobre : Conférence de Denis Tougas sur les minerais du sang. Analyse du drame congolais - À 19h30 au 3136 Pavillon De Koninck de l’Université Laval
Pour plus d'informations, contactez le Mouvement Paix Au Congo
Tél. 418 271 4988. Contribution volontaire pour le film et la conférence
Attention : Stationnement gratuit au Pavillon Desjardins à partir de 16h00

dimanche 2 octobre 2016

Triste anniversaire : 2 ans de massacres ininterrompus à Beni



Nous souvenir des femmes et des hommes qui ont été précipités dans la mort ! Des souvenirs tristes mais mobilisateurs. Leur sang crie justice et paix… 23 personnes furent tuées sauvagement à la machette en territoire de Beni, entre le 2 au 9 octobre 2014 : Kambale Sambala (2 ans), Mumbere Sambala (4 ans), Sikuli Nyenze Meleki (7 ans) Mumbere Chachudu Vicky (8 ans), Kambale Kartasi (9 ans), Samy Kastasi (12 ans), Masika Julie (14 ans), Masumbuko Batundi, Kabagame Mulindwa, Lusenge Maliba Marino, Mateso Sylvie, Lwanzo, Kavira Kavohya Jacqueline, Paluku Mbafumoya Élisée, Mumbere Marumba Papy, Mumbere Kamabu (brulé vif), Kanyama Sumbuka, Kasereka Kayenga, Kinyonzo, Katungu Situka, Kavugho Liyongo, Katungu Vakalania, Sibia Simana…

Depuis ce 2 octobre 2014 jusqu’à nos jours la société civile de ce territoire a compté plus 2 milles humains égorgés à la machette. Pendant tout ce temps les auteurs de ces crimes circulent en toute liberté et quiétude dans les forêts équatoriales du Kivu… Il n’y a aucun pays au monde qui puisse garder silence pendant que ses citoyens se font égorger. Et lorsque les peuples manifestent leur mécontentement, ils se font taire brutalement par des tirs des fusils avec des balles réelles. Un gouvernement qui impose le silence sur les massacres de son peuple n’est plus digne de représenter ce peuple. Serait-il incompétent ou alors complice du malheur de son peuple. Et pour quelles fins devrait-il maintenir ce chaos aux allures génocidaires ? Est-ce vraiment pour se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel ou alors se renflouer les poches et celles de ses partenaires mafieux avec les richesses flamboyantes du Congo.

Si tel est vraiment le cas, il faudrait avouer que les consciences des dirigeants congolais sont littéralement brulées. Personne ne peut participer au massacre de son peuple pour des raisons financières ou de pouvoir. S’ils sont tout puissants comme ils prétendent le prouver, ils devraient ne fut-ce que protéger les populations sans-armes…

Deux ans après, le bilan de la gouvernance et de la gestion de la situation à l’Est du Congo ne peut que donner un vertige révoltant. Et c’est tout à fait normal que le peuple demande des comptes à leurs gouvernants au niveau local, provincial et national. Il est donc inacceptable que ces bavures demeurent impunies.

Des femmes et des hommes se lèvent désormais. Ils redonnent l’espoir. Ainsi la guerre, les viols, les massacres et les enlèvements ne sont pas une fatalité. L’espoir  nous fait tenir débout. Nous croyons que même dans les pires moments de souffrance, il y aura toujours des gens qui se tiendront courageusement débout pour dénoncer les commanditaires et les exécutants de ces massacres. Initier les enquêtes sérieuses serait une manière louable d’honorer le sang de ces femmes, de ces enfants et de ces hommes qui coule sur la terre de leurs ancêtres à Beni-Lubero.

Que les âmes de ces illustres disparus reposent en paix…  

Fr. Gaston Mumbere, a.a.